
ThèseSociologieDoctorat.gouv.fr
Laboratoire de Recherche Sociétés & Humanités - Département Centre de Recherche Interdisciplinaire en Sciences de la Société
Valenciennes
mercredi 23 décembre 2026
En emploi à titre principal
Depuis un demi-siècle, les évolutions du paramilitarisme ont profondément marqué la guerre en Colombie en dépit d'accords de paix. Les organisations paramilitaires sont apparues localement, à partir des années 1960, comme des forces d'opposition au communisme. Elles ont connu des parcours sinueux avant de s'étendre à différentes régions au cours des décennies 1980 et 1990. En 1997, la plupart des structures se sont fédérées sous la bannière des Autodéfenses Unies de Colombie – AUC. La lutte contre les guérillas révolutionnaires s'est alors intensifiée à l'ombre de l'État, donnant lieu à des crimes massifs parmi les populations. Toutefois, les paramilitaires ont été affaiblis par des divisions sur fond de trafic de drogue. Entre 2003 et 2006, les principaux commandants ont négocié avec le gouvernement les termes d'un retour à la vie non armée. De nombreux combattants se sont soumis à des programmes de démobilisation et de réinsertion durant les années 2000 et 2010. Des résistances ont accompagné le processus, de sorte que le paramilitarisme s'est redéployé dans une configuration instable. Les sorties partielles de la guerre ont mis en évidence le caractère hétérogène du paramilitarisme. Au fil du temps, les organisations paramilitaires se sont érigées en pouvoirs de facto sur de vastes territoires. Elles ont établi des relations d'allégeance ou d'opportunité avec de multiples représentants de l'État et secteurs de la société. Cependant, les paramilitaires n'ont jamais constitué un mouvement consolidé par un projet national au-delà de la rhétorique antirévolutionnaire des AUC. Les factions se sont développées selon des dynamiques autonomes, voire indépendantes. Les confrontations, notamment pour le contrôle d'activités et de ressources lucratives, ont été récurrentes entre les instances dirigeantes. Dans les rangs, ce sont surtout des motivations idéologiques précaires et des intérêts prosaïques qui ont contribué à l'engagement et au passage à l'acte. Cette thèse de doctorat porte sur la trajectoire des AUC, une dimension majeure du paramilitarisme entre 1997 et 2006, aux confins de la guerre et de la paix. La période correspond à une recrudescence des violences souvent synonymes de terreur. Les attaques contre les guérilleros et les atteintes aux personnes civiles se sont ainsi succédé. En substance, les logiques de conflit ont dépassé le cercle des belligérants, élargissant la définition de l'ennemi à l'ensemble du corps social. Néanmoins, les phénomènes de violence attribués aux organisations paramilitaires ne se sont pas développés de manière uniforme selon les espaces. Ils n'ont pas provoqué d'effondrement ou de chaos institutionnel et sociétal généralisé. L'étude interroge les transformations du paramilitarisme, traditionnellement associé aux mouvances d'extrême droite, dans un contexte de contre-révolution. Elle repose sur une abondante, quoique inégale, littérature consacrée à la guerre et à la paix. La réflexion prolonge également des travaux personnels conduits dans plusieurs départements du pays, en particulier des entretiens semi-directifs auprès d'anciens membres des AUC. L'enjeu est d'offrir une approche de l'intérieur, « au ras du sol », des organisations paramilitaires. Il s'agit de comprendre les conditions, les expressions et les conséquences de la violence – c'est-à-dire de pénétrer l'univers des exécutants auxquels les analyses accordent une attention limitée. École doctorale : Ecole Doctorale Polytechnique Hauts-de-France Direction : Emmanuel CHERRIER Financement : En emploi à titre principal
Source : Doctorat.gouv.fr · Récupérée le 15 septembre 2026