
Post-docÉcologieINRAE
INRAE – Occitanie-Toulouse
France
mardi 1 décembre 2026
La prédation exerce l'une des pressions de sélection les plus fortes dans les systèmes naturels. Les proies ajustent leurs comportements en réponse au risque de prédation, et ces réponses anti-prédatrices peuvent façonner la fitness individuelle, la dynamique des populations, et même la structure des communautés. Chez les grands herbivores, l'humain est devenu le prédateur dominant sur une grande partie de leurs aires de distribution. Cependant, son impact sur le comportement des proies peut différer fondamentalement de celui des prédateurs naturels, en raison de différences dans les tactiques de chasse, la prévisibilité spatio-temporelle et la sélectivité. Les individus diffèrent également de façon constante dans leurs traits comportementaux (i.e. la variation inter-individuelle ou la personnalité animale), tels que l'audace ou la prise de risque. Ces différences peuvent fortement influencer la vulnérabilité à la prédation. Pourtant, on sait encore peu de choses sur la façon dont la sélectivité des prédateurs et la coexistence de plusieurs risques (par exemple prédateurs naturels et humains) affectent à la fois le niveau moyen et la variance des traits comportementaux au sein des populations de proies sauvages (Leclerc et al. 2017 ; Bonnot et al., en prép.). Le maintien d'une variation inter-individuelle du comportement a d'importantes conséquences éco-évolutives (Réale et al. 2007 ; Wolf & Weissing 2012). Par exemple, la distribution non aléatoire des phénotypes comportementaux à travers les paysages (Khazar et al. 2026) peut affecter la structure spatiale des populations, le flux de gènes, et in fine la diversité génétique. Si la sélectivité des prédateurs cible de façon disproportionnée certains types de personnalité, cela pourrait conduire à une homogénéisation comportementale et à une réduction de la résilience face aux changements environnementaux. Dans le cadre du projet ANR AnthropoFear (« Landscapes of FEAR in Europe's Anthropocene »), ce projet postdoctoral vise à étudier le rôle du contexte de prédation dans la structuration du comportement anti-prédateur (moyenne et variance) des grands herbivores, avec le chevreuil (Capreolus capreolus) comme espèce modèle. Il combine des manipulations expérimentales, l'analyse de jeux de données à long terme, et des réseaux de recherche collaboratifs. Le projet portera principalement sur les questions suivantes 1/ Comment le contexte de prédation module-t-il la variation inter-individuelle du comportement anti-prédateur ? Face à un stress ou une menace, les individus au sein des populations ne réagissent pas de la même manière selon leur personnalité ou leur type comportemental. Si ces types comportementaux connaissent des différences constantes de performance selon le contexte ou l'habitat, cela peut entraîner une diversité variable des types comportementaux (i.e. de la variation inter-individuelle) entre (sous-)populations. De tels changements dans la diversité des types comportementaux peuvent avoir des répercussions en cascade sur la composition des populations, leur dynamique, leur résilience, ainsi que sur les services écosystémiques et la durabilité, et donc sur les dynamiques éco-évolutives (Sanderson et al. 2023). Par exemple, si les prédateurs sélectionnent de façon disproportionnée contre certains types de personnalité, cela devrait conduire à une homogénéisation de la variation comportementale (c'est-à-dire une plus faible diversité des types comportementaux) et réduire la capacité à répondre à de futures menaces. À l'inverse, la coexistence de différentes espèces de prédateurs, avec des modes de chasse et une sélectivité des proies différents, devrait entraîner une plus grande diversité des tactiques comportementales au sein des populations. Pour tester l'hypothèse selon laquelle les populations exposées à plusieurs prédateurs maintiennent une plus grande diversité de tactiques comportementales, nous exploiterons le jeu de données de suivi GPS à long terme géré par le réseau Eurodeer (22 populations de chevreuils à travers l'Europe). Sur la base de travaux préliminaires (Khazar et al. 2025), nous utiliserons des métriques comportementales répétables (mouvement, utilisation de l'espace, activité) pour identifier les tactiques individuelles de gestion du risque et positionner les individus le long d'un continuum timide-audacieux (shy-bold). La variance intra-population et la structure des syndromes comportementaux seront ensuite comparées entre populations confrontées à différents contextes de prédation (par exemple chasse intensive, vs loup et chasse). 2/ Comment les réponses anti-prédatrices moyennes des grands herbivores diffèrent-elles selon le contexte de prédation dominant ? La variation spatio-temporelle des comportements anti-prédateurs, comme les niveaux de vigilance et la fuite, devrait dépendre du contexte de prédation (e.g. la méthode de chasse du prédateur ; présence d'un seul ou de plusieurs prédateurs). Par exemple, si la vigilance
Source : INRAE · Récupérée le 3 octobre 2026