
ThèseSociologieDoctorat.gouv.fr
CAGT - Centre d'Anthropobiologie et de Génomique de Toulouse
TOULOUSE
lundi 23 novembre 2026
MSCA COFUND BEST
Les animaux domestiques ont joué un rôle clef dans le fonctionnement et l'expansion de l'Empire romain. Les bovins, ovins, porcins, chevaux et mulets étaient indispensables à l'agriculture, au transport, à la guerre, à la fabrication de textiles et au commerce à longue distance. Cette dépendance croissante envers les animaux a entraîné de profonds changements biologiques chez les espèces domestiques, notamment une augmentation bien documentée de la taille corporelle et de la productivité au cours de cette période. Ces deux caractéristiques ont atteint leur apogée sous l'Empire, puis se sont effondrées après sa chute, pour ne retrouver leur niveau antérieur qu'au XVIIᵉ siècle. Nous ne savons cependant toujours pas dans quelle mesure ces transformations biologiques reposaient sur des changements génétiques, induits par une sélection artificielle comparable à celle pratiquée dans l'élevage moderne. Ce projet vise à étudier comment l'intégration de la Gaule à l'Empire romain, puis la fragmentation des réseaux politiques et économiques romains, ont affecté l'évolution génétique, phénotypique et démographique des animaux domestiques. La Gaule offre un cadre d'étude exceptionnel, où la transition entre les sociétés préromaines et postromaines est particulièrement bien documentée, notamment par un matériel archéozoologique exceptionnel. La conquête et l'intégration de la Gaule à l'Empire romain ont profondément transformé la production agricole, l'organisation des habitats, les échanges commerciaux et la logistique militaire, tandis que le développement de grands centres urbains et de postes militaires permanents a généré une demande soutenue en bétail. Les données archéozoologiques témoignent d'ailleurs de changements importants dans les pratiques d'élevage au cours de la période romaine, notamment une augmentation de la taille chez plusieurs espèces, concomitante de transformations majeures des pratiques agricoles et de l'organisation militaire. Au-delà de la taille, l'intégration de la Gaule dans les vastes réseaux continentaux, atlantiques et méditerranéens structurés par l'Empire romain a facilité la circulation des animaux, des humains et des pratiques agricoles sur des centaines, voire des milliers de kilomètres. Cette connectivité a créé autant d'opportunités pour mélanger et remodeler les caractéristiques animaux, un phénomène qui a pu s'inverser lors de l'effondrement progressif de l'Empire. À quel point les profonds changements biologiques observés chez les animaux d'élevage à l'époque romaine reflètent une sélection d'élevage plutôt que des facteurs environnementaux, tels que ceux induits par les pratiques d'élevage et l'alimentation, reste incertain. Ce projet produira des données génomiques à grande échelle sur les animaux d'élevage de l'époque romaine, ainsi que sur des ensembles archéologiques antérieurs et postérieurs à la période romaine, afin d'évaluer dans quelle mesure les changements biologiques observés chez ces espèces résultaient d'une amélioration génétique comparable à celle pratiquée aujourd'hui dans l'élevage. En combinant génomique ancienne, génétique des populations, zooarchéologie et analyse du contexte archéologique, il permettra d'étudier comment l'innovation agricole au sein de l'Empire romain a exploité la variabilité génétique disponible à travers ses différents territoires. Ce faisant, le projet établira les animaux comme des indicateurs biologiques des transformations des paysages politiques et sociaux humains. Plus largement, il apportera de nouvelles connaissances sur la capacité des sociétés humaines à remodeler rapidement les génomes, les phénotypes et les structures de population des espèces domestiquées, ainsi que sur la manière dont ces changements peuvent être maintenus, transformés ou inversés lorsque les systèmes socio-économiques qui les soutiennent s'effondrent. École doctorale : BSB - Biologie, Santé, Biotechnologies Direction : Ludovic ORLANDO Financement : MSCA COFUND BEST
Source : Doctorat.gouv.fr · Récupérée le 27 septembre 2026