
ThèseInformatiqueDoctorat.gouv.fr
Centre de Recherche sur les Relations entre les Risques et le Droit
Lille
samedi 31 octobre 2026
Concours pour un contrat doctoral
Pendant trente ans, le droit de l'information douanière de l'Union a reposé sur un principe simple : seul un indice réel de fraude justifiait l'inscription des données d'une personne dans un système de surveillance. L'article 27, paragraphe 2, du règlement (CE) n° 515/97 conditionnait ainsi l'inscription dans le Système d'information douanier à l'existence d'un indice réel, et non simplement apparent, imputable à une personne identifiée et contrôlable par un juge. La réforme du code des douanes de l'Union, sur laquelle un accord politique est intervenu le 26 mars 2026, abandonne ce principe. Le nouveau Data Hub douanier de l'Union collecte, sans aucun seuil, les données de tous les importateurs, exportateurs, transporteurs et représentants en douane, avant de les soumettre à une analyse de risque à l'échelle de l'Union, appuyée sur l'intelligence artificielle. Là où le soupçon précédait autrefois la collecte, la collecte précède désormais le soupçon, et un score de risque, propriété statistique attribuée par le système lui-même, détermine qui est signalé, contrôlé, retardé ou soumis à une enquête. La thèse soutient que les garanties conçues pour un système conditionné par le soupçon ne peuvent pas produire les mêmes effets une fois transposées dans une architecture fondée sur le risque, parce que chacune perd le point de référence qui lui donnait son contenu. Trois risques précis, créés par la loi elle-même, sont identifiés : la mutabilité, par actes délégués étendant les finalités et l'accès sans nouveau contrôle du Parlement ; le détournement, par transmission automatique à l'OLAF, à l'EPPO et à Europol ; et l'opacité, résultant de la restriction des droits d'accès et d'un vide entre le RGPD, la directive relative aux fins répressives et le règlement sur l'intelligence artificielle. Ensemble, ces risques font émerger une catégorie que le droit ne nomme pas encore : le sujet non suspecté. Question centrale : les garanties conçues pour un système conditionné par le soupçon peuvent-elles encadrer une architecture fondée sur le risque et, dans la négative, sur quel autre fondement le traitement des données du Data Hub douanier peut-il être limité, conformément aux articles 7, 8, 47, 48 et 52§1 de la Charte pour les personnes physiques, et aux articles 16 et 47 pour les personnes morales ? Quatre sous-questions déclinent cette interrogation : la délégation de pouvoir au regard de l'article 290 TFUE (RQ1) ; la qualification pénale du nouveau régime de sanctions et ses conséquences sur le droit de garder le silence, au regard des arrêts DB contre Consob et Orkem (RQ2) ; le contrôle juridictionnel exigible d'une décision algorithmique à la lumière des arrêts Ligue des droits humains et SCHUFA (RQ3) ; et la construction doctrinale du statut du sujet non suspecté (RQ4). La méthode combine une analyse doctrinale de la Charte et de la Convention européenne des droits de l'homme, une matrice à cinq dimensions appliquée au dossier législatif complet ainsi qu'à deux instruments comparables (la directive PNR et le règlement Europol), et des entretiens institutionnels semi-directifs. Rédigée alors que les actes délégués sont encore en cours d'élaboration, la thèse s'adresse aux colégislateurs, au CEPD et aux opérateurs économiques concernés. École doctorale : Ecole Doctorale Polytechnique Hauts-de-France Direction : Ioannis PANOUSSIS Financement : Concours pour un contrat doctoral
Source : Doctorat.gouv.fr · Récupérée le 26 septembre 2026